Corse : face au pillage archéologique et à l'essor des détecteurs, le débat relancé par la proposition de loi n° 3221
Publié par Laurent Mogard, le 7 novembre 2026
Sur les réseaux sociaux, les vidéos montrant des découvertes fortuites d'objets métalliques anciens cumulent des millions de vues. Cette mode grandissante a des répercussions directes sur le patrimoine insulaire. En Corse, les dossiers liés au pillage de sites historiques ont nettement progressé entre 2019 et 2024. Alertées par ce phénomène dévastateur, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC de Corse) et la gendarmerie nationale unissent leurs forces pour endiguer les fouilles illégales et préserver la mémoire commune, alors même que le cadre législatif national fait l'objet de vives discussions.
La proposition de loi n° 3221 et la fermeté face aux fouilles sauvages
Au centre des débats figure désormais la proposition de loi n° 3221, déposée à l’Assemblée nationale pour tenter de définir et d'encadrer la détection de loisir. Renvoyé en commission, ce texte suscite une attention soutenue mais ne modifie pas les règles actuelles : il ne légalise en aucun cas la prospection libre. À ce jour, la recherche d'objets présentant un intérêt historique ou artistique exige toujours une autorisation préfectorale obligatoire.
À l’occasion des premières Journées régionales de l’archéologie tenues à Ajaccio avec l’Inrap, les autorités ont tenu à dissiper toute ambiguïté juridique. L’utilisation d'appareils électroniques sur un périmètre historique classé constitue une infraction sévèrement réprimée, passible de sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. Si le balayage d'une plage ou d'une zone de maquis sans valeur patrimoniale fait l'objet d'une certaine tolérance, creuser sans méthode détruit définitivement les couches stratigraphiques et le contexte scientifique.
Pour concrétiser cette riposte, la DRAC et la gendarmerie ont signé une convention opérationnelle. Ce partenariat fait suite à une opération judiciaire marquante menée en 2022, où les enquêteurs ont intercepté sur internet des pièces de monnaie médiévales et des équipements militaires. Les investigations avaient permis de démanteler un réseau structuré de revente illicite. Comme l'a souligné Laetitia Deudon, cheffe du service régional de l’archéologie, ces atteintes rappellent les pillages subis par le passé sur le site antique d’Aleria ou les prédations commises autour du golfe de Lava.
Du maquis aux rivières : la recherche sous-marine prend une nouvelle dimension
La protection du patrimoine insulaire s'élargit également aux milieux aquatiques. Lors du rassemblement ajaccien, les spécialistes ont rendu un hommage appuyé à Louis Ambrogi, pionnier des interventions subaquatiques qui avait notamment déclaré l’épave de la Giraglia aux côtés de Franck Allegrini-Simonetti et Michel Oliva.
Les investigations s'étendent à présent vers les eaux douces. Des vestiges remarquables, dont des pieux en bois appartenant à un pont disparu, ont été localisés dans le lit de la Solenzara. De nouvelles opérations vont être déployées aux embouchures du Golu et du Tavignanu afin de repérer d'anciennes digues et infrastructures portuaires.
Ces travaux s'étendront également aux lagunes de l’étang de Diana et de Biguglia, où les chercheurs espèrent documenter des installations de pêcheries actives entre le XIIIe et le XIXe siècle. Une dynamique scientifique ambitieuse qui réaffirme une volonté claire : soumettre chaque élément du passé corse à l'analyse méthodique des experts plutôt qu'aux dérives lucratives du marché clandestin.
Source : https://www.prospection-de-loi... , https://www.assemblee-national...
