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Journée internationale des femmes et des filles de science : portrait d'Anita Conti

Publié par CPIE CENTRE CORSE A RINASCITA, le 11 février 2026

Du 11 février, "Journée internationale des femmes et des filles de science", au 8 mars, "Journée internationale des droits des femmes", le CPIE A Rinascita met à l’honneur celles qui font avancer la science à travers une série de portraits afin de présenter des femmes scientifiques d'hier et d'aujourd'hui, issues de disciplines variées et dont les travaux contribuent à mieux comprendre, préserver et transformer notre monde. Aujourd'hui, focus sur Anita Conti.

Anita Conti : pionnière de l'océanographie en France.

Anita Béatrix Marthe Conti, née Caracotchian le 17 mai 1899 à Ermont (France) et décédée le 25 décembre 1997 à Douarnenez (France), est reconnue comme la première femme océanographe française. À une époque où les sciences marines étaient dominées par des hommes, elle s’est imposée comme chercheuse et exploratrice en cassant les barrières de genre. Elle a été l’une des premières à alerter sur la nécessité de protéger les océans, bien avant que l’écologie devienne un enjeu global. En combinant science, photographie et écriture, elle a renforcé la compréhension et la sensibilisation aux océans.

Un parcours scientifique atypique.

D’abord relieuse d’art et journaliste, Anita Conti s’est progressivement tournée vers l’océanographie, discipline encore émergente au début du XXᵉ siècle. En 1934, elle est engagée par l’Office scientifique et technique des pêches maritimes (OSTPM), ancêtre de l’actuel IFREMER, où elle embarque à bord du Président Théodore Tissier, premier navire océanographique français, pour effectuer des relevés scientifiques, des prélèvements et des observations. À une époque où seules des cartes de navigation existaient, Conti produit les premières cartes de pêche spécialisées, renforçant la compréhension scientifique des zones halieutiques.

De la recherche à l’écologie marine.

Très tôt, Anita Conti s’inquiète des effets de la pêche industrielle sur les ressources marines. Elle documente les pratiques destructrices et alerte sur la surexploitation des océans, devenant une des premières voix scientifiques à dénoncer ces impacts. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est chargée par le gouvernement de réaliser des études sur les ressources halieutiques en Afrique de l’Ouest, évaluant les pratiques locales de pêche, les ressources biologiques et leur valeur nutritive pour les populations. Au cours de ces missions, elle cherche non seulement à comprendre les écosystèmes marins, mais aussi à développer des techniques de conservation, formant pêcheurs et communautés locales à des pratiques durables.

Héritage scientifique et culturel.

Outre sa contribution scientifique, Anita Conti a été photographe et écrivaine : ses clichés des pêcheurs et des milieux marins constituent un témoignage précieux sur les techniques de pêche et la vie en mer au XXᵉ siècle. Elle a publié plusieurs ouvrages influents, notamment "Racleurs d’Océan", dans lesquels elle décrivait les réalités de la pêche hauturière et les défis écologiques auxquels sont confrontés les océans.

Anita Conti est restée active en mer jusqu’à un âge avancé et a reçu de nombreuses reconnaissances pour son travail précurseur. Son fonds photographique, composé de dizaines de milliers de clichés collectés tout au long de sa vie, est aujourd’hui conservé et numérisé notamment à Lorient. L'IFREMER accueillera prochainement un nouveau navire semi-hauturier l' "Anita Conti", exploité par la Flotte Océanographique Française (FOF). Son nom a également été donné à plusieurs établissements scolaires en France, reflétant l’impact durable de sa carrière scientifique et son rôle de modèle pour les femmes scientifiques.